Crédit : Fonds d’archives du COJO

Série Montréal 1976
Une victoire historique : Montréal accueillera l’élite sportive mondiale en 1976
Un chantier olympique

À l’aube des Jeux de 1976, Montréal devient un véritable laboratoire de création, où architectes et designers rivalisent d’audace et d’innovation. Au cœur de cette effervescence, l’architecte français Roger Taillibert façonne le Parc olympique avec une signature spectaculaire. Il imagine un complexe à la hauteur des ambitions montréalaises : monumental, identitaire et tourné vers l’avenir.

Un architecte audacieux et visionnaire

Né en 1926 à Châtres-sur-Cher, Roger Taillibert, l’architecte hors pair derrière les lignes spectaculaires du Parc olympique de Montréal, grandit dans une famille où le travail manuel fait partie du quotidien. Son père dirige une entreprise d’ébénisterie, tandis que sa mère est couturière. Ainsi, dès son jeune âge, il entre en contact avec l’univers de l’architecture et est fasciné par la tour Eiffel. Ce n’est toutefois qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’il étudie à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, où il obtient son diplôme d’architecte en 1955.

Il fonde sa propre agence d’architecture à Paris en 1959 et passe quelques années à innover et expérimenter à travers de différents projets. Parmi ceux-ci, il reçoit en 1964 du gouvernement français la commande de construire un complexe sportif préolympique à Font-Romeu, dans les Pyrénées-Orientales. En 1965, il conçoit son premier toit rétractable pour le théâtre Palm Beach à Cannes. En 1966, son premier projet en voûte de béton précontraint voit le jour avec la réalisation de la piscine du casino de Deauville. En 1969, il conçoit aussi pour la ville de Chamonix un ambitieux complexe dédié aux sports et aux études, dont le centre sportif regroupe plusieurs bassins aquatiques, des salles d’exercice et une salle multisport.

Mais c’est en 1972 que Roger Taillibert signe l’une de ses œuvres les plus connues : le Parc des Princes à Paris. Ce stade de football elliptique de 50 000 places en béton précontraint, composé de 52 portiques en porte-à-faux, attire rapidement l’attention de la presse sportive et du milieu de l’architecture. Il inspirera la conception du Stade olympique de Montréal!

© Agence Roger TAILLIBERT

Du Parc des Princes au Parc olympique de Montréal

Fort de ses nombreux projets d’installations sportives et reconnu pour son expertise en nouvelles technologies constructives, notamment dans l’utilisation du béton précontraint, Roger Taillibert reçoit en 1971 son tout premier projet à l’étranger : la réalisation des installations olympiques des Jeux d’été de 1976 à Montréal. Un projet d’envergure qui comprend notamment la construction d’un stade olympique, d’un vélodrome, de piscines olympiques et d’une tour.

Le maire de Montréal, Jean Drapeau, voit grand : le projet doit aller au-delà de la simple fonctionnalité pour devenir une œuvre monumentale, capable de symboliser la ville à l’international. Roger Taillibert imagine alors un parc aux lignes audacieuses et aux courbes futuristes, inspirées de la faune marine. Pour y parvenir, il mise sur le béton précontraint, une technique alors encore inédite en Amérique du Nord. Elle consiste à intégrer des câbles d’acier fortement tendus dans le béton, ce qui permet notamment aux consoles du Stade olympique de déployer leur forme recourbée sans colonnes, en porte-à-faux.

Au final, il donne vie à des installations aussi majestueuses que complexes. Parmi elles, un vélodrome dont la voûte nécessite une opération de décintrement sans précédent, la plus haute tour inclinée au monde, ainsi qu’un Stade olympique reconnu à l’échelle internationale comme un véritable chef-d’œuvre d’architecture et d’ingénierie.

En savoir plus sur la construction des installations du Parc olympique de Montréal.

Crédit : Fonds d’archives du COJO

Une carrière mondiale

La réalisation du Parc olympique de Montréal donne un nouvel essor à la carrière de Roger Taillibert, qui décroche alors d’autres contrats à l’international. L’architecte s’impose sur la scène mondiale et est appelé comme architecte-conseil ou chargé de mission pour des projets d’installations sportives et de loisirs dans de nombreuses villes.

QUELQUES RÉALISATIONS DE TAILLIBERT :
COMPLEXE SPORTIF PRÉOLYMPIQUE, Font-Romeu, France (1966)
PISCINE COUVERTE DE DEAUVILLE, France (1966)
STADE DU PARC DES PRINCES, Paris, France (1972)
PARC OLYMPIQUE DE MONTRÉAL, Canada (1974-1987)
CLUB DES OFFICIERS, Abu Dhabi, Émirats arabes unis (1987-1997)
ASPIRE DÔME, Doha, Qatar (2001-2005)

Pendant toute sa carrière, Roger Taillibert n’a eu de cesse de sublimer le béton. Grâce à sa technique du grand geste, il insuffle à ses créations mouvement et élan, inspirés par l’épanouissement de la jeunesse à travers le sport.

Du Parc des Princes de Paris au Parc olympique de Montréal, en passant par le Khalifa International Stadium de Doha, la piscine de Deauville ou le complexe sportif de Villeneuve-d’Ascq, son œuvre marque durablement l’architecture contemporaine du XXe siècle.

Il s’éteint le 3 octobre 2019, à l’âge de 93 ans.

Taillibert et le Québec

Roger Taillibert a aimé le Québec. Il possédait d’ailleurs une résidence d’été dans les Laurentides, une région qu’il affectionnait particulièrement depuis le début des années 1970. Malgré l’histoire tumultueuse entourant la construction des installations olympiques de Montréal et la relation douce-amère qu’il a entretenue avec la province, il a toujours gardé une grande affection pour les Québécois. Il soulignait régulièrement le savoir-faire des travailleurs ayant contribué, de près ou de loin, à la construction du Stade olympique.

Fruit de son travail, le Stade et la Tour sont devenus des symboles incontournables de Montréal. Bien ancrée dans la ligne d’horizon de la métropole, cette œuvre magistrale fait partie du patrimoine architectural et historique du Québec, depuis 50 ans et pour longtemps encore.

Roger Taillibert et Michel Labrecque, alors PDG du Parc olympique, lors d’une visite en 2016