Le rappeur québécois Loud – de son vrai nom Simon Cliche Trudeau – s’est vu confier la tâche de créer la chanson officielle du 50e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal. En collaboration avec le producteur Ruffsound, il nous offre « D’où je viens », un hymne rassembleur qui rend hommage à la métropole et à sa forte personnalité sportive. Entrevue.
Montréal t’inspire énormément, mais c’est la première fois que tu lui dédies une chanson entière. Comment as-tu rassemblé toutes les références (Jeux olympiques, Canadiens de Montréal, quartiers de la ville, Muzion, Leonard Cohen…) que tu as mises dans cette chanson?
C’est vrai, c’est la première fois que c’est le sujet central d’une chanson. Cet hymne, je le dédie à ma ville, c’est une lettre d’amour dans un certain sens.
Avec Ruffsound, on a pris quelques jours pour travailler ça, mais je t’avoue que ça m’est venu tout naturellement. J’ai essayé d’écrire cette chanson de mon point de vue, car quand c’est personnel, les émotions transparaissent mieux. Ces références sont celles qui me sont venues à l’esprit en premier.
On sent aussi bien le côté « fan de sports » que je suis. J’ai toujours aimé les jeux de mots dans le sport, ça fait partie de mes petits plaisirs d’écriture! Le sujet est riche : je pense que des références sur la ville, j’aurais pu en avoir à l’infini.
Qu’est-ce que les Jeux olympiques de 1976 évoquent pour toi? Tu n’étais pas né, mais en as-tu beaucoup entendu parler?
Ça fait partie de l’ADN de Montréal! Cette période-là a été tellement effervescente, et on sent encore tout l’héritage de cette époque. Montréal a vécu autour de ces années tout un essor, un âge d’or! La ville se modernisait, se transformait. Et les Jeux l’ont forcée à s’adapter! J’en ai entendu parler toute ma vie.

Qu’est-ce que ça signifie pour toi qu’une chanson anniversaire d’un évènement si important soit confiée à un rappeur québécois?
Qu’on ait pensé à Ruffsound et moi, au rap en général, ça démontre la place que le genre musical occupe dans la culture québécoise. Il y avait une intention d’avoir quelque chose de rassembleur, de multigénérationnel et d’unique. J’ai fait cette chanson à ma manière, et je pense que c’était ça, le mandat : ma voix, ma saveur.
Le rap a pris en maturité dans les dernières années, le public a vieilli, mais les plus jeunes embarquent aussi. Avant, le monde voyait ça comme une musique de jeunes. Là, ça ratisse plus large.
Ton premier album, Une année record, vient de recevoir une certification platine (80 000 ventes), neuf ans après sa parution. Ta chanson « Toutes les femmes savent danser » totalise plus de 10 millions de vues sur YouTube. Tu viens de sortir ton quatrième album solo, Douze sur douze. Comment s’inscrit « D’où je viens » dans ta carrière?
C’est difficile à analyser comme je n’ai pas encore le recul, mais ça arrive certainement à un moment où ma carrière a pris une certaine maturité. Je suis loin d’être à la fin, même si j’ai en effet franchi beaucoup d’étapes importantes. Je suis très fier d’où je viens. D’avoir pu participer à quelque chose qui va rester – oui, cette chanson sert aux célébrations, mais elle va rester après! –, c’est un beau moment. Ça n’aurait pas eu autant de sens à mes débuts, ça prenait un certain bagage.
Qu’est-ce qui rend le rap si excitant ces jours-ci au Québec?
Ç’a grossi, ç’a pris beaucoup de place. C’est rendu assez gros pour porter des festivals [ndlr : Au moment de notre entrevue, Loud était à Québec et a monté le soir même sur la scène du Festival d’été de Québec au côté de Souldia].
Il y a une nouvelle vague qui est en train de prendre sa place. Il y a de quoi se renouveler encore longtemps, je l’espère. Je porte une oreille attentive aux nouveaux artistes : je nous sais entre bonnes mains. Cette relève, j’espère qu’elle va ouvrir de nouvelles portes et apporter le rap queb’ plus loin. Chaque génération a ses ambitions propres à elle.
Tu te produis partout dans la francophonie et le monde. Comment portes-tu ton amour, ta fierté pour le Québec dans ces spectacles-là? Crois-tu que ça définit ton art?
Ce n’est pas ça le moteur de ma création, mais c’est omniprésent. Ça s’est exacerbé quand je me suis mis à faire des spectacles ailleurs. Quand je suis en prestation à l’étranger, je réalise à quel point je suis Québécois et que je suis fier de l’être. On n’est jamais aussi bien qu’ici!


Le 1er août marque les 50 ans de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de 1976 et ce sera soir de fête à l’Esplanade du Parc olympique lors du spectacle Feu sacré. Ce sera pour toi l’occasion de présenter « D’où je viens » au public. À quoi peut-on s’attendre?
J’ai vraiment envie de partager cette chanson avec le public! Mais il n’y aura pas que moi : il y a un gros lineup de musique québécoise : Ariane Moffatt, Robert Charlebois, Dubmatique, Les 7 Doigts. Je trouve qu’on a mis le paquet, comme pour un spectacle de la Saint-Jean-Baptiste. C’est rare qu’on le fasse pour Montréal! C’est cool parce que ça va rejoindre tellement de monde!